"Notre inscription dans la démarche LSST est devenue alors une évidence, une nécessité, lorsque l’on est un établissement de santé, de porter un projet global."

La clinique Victor Pauchet d’Amiens a répondu à l’appel à projet régional fonds addictions 2019. Mme Weber-Obry, juriste, attachée de direction et référente de différents dispositifs dont le dispositif ACOR (Addiction Coordination Orientation en Réseau) et Mme Minot, infirmière tabacologue nous raconte dans ce témoignage la mise en place de leur dispositif, notamment la mise en œuvre de leur objectif de s’approcher de « 100 % des personnels sensibilisés et 100 % des soignants formés aux premiers gestes en tabacologie ».   

Notre inscription dans la démarche Lieux de Santé Sans Tabac est devenue alors une évidence, une nécessité lorsque l’on est un établissement de santé de porter un projet global.​

Pourquoi la clinique Victor Pauchet a-t-elle souhaité s’inscrire dans la démarche LSST ?

Le cheminement n’est pas nouveau, en effet, nous avions déjà mené des actions au sein de la clinique, mais elles n’ont pas vraiment permis une amélioration des choses. Notre inscription dans la démarche Lieux de Santé Sans Tabac est devenue alors une évidence, une nécessité lorsque l’on est un établissement de santé de porter un projet global.

Que vous a apporté l’AAP fond addictions ?

Cela nous a permis d’accélérer la formalisation de nos ambitions, de concrétiser le projet avec la réflexion et l’écriture d’objectifs précis. L’AAP nous a donné l’occasion de lancer une vraie dynamique de grande ampleur et d’y consacrer des moyens.  

Qui porte le projet au niveau de la clinique ?

Naturellement, un co-pilotage s’est mis en place. D’un côté la direction avec Mme WEBER-OBRY (juriste et attachée de direction) qui est responsable de plusieurs dispositifs dont le dispositif ACOR. D’un autre côté, Mme Minot pour la coordination de terrain du dispositif ACOR.

Depuis le début du projet, la direction est très favorable à la démarche et celle-ci nous a encouragé à répondre à l’appel à projet. Il y a de nombreux échanges et la mise en place des actions est facilitée. Nous rencontrons aussi régulièrement la direction des soins et les managers des différents services.

Qu’est-ce que le dispositif ACOR ?

Nous avons souhaité donner un nom au projet, afin qu’il soit plus facilement repérable et reconnaissable par les patients, le personnel et les partenaires. D’ACOR signifie Dispositif Addictions Coordination Orientation en Réseau. On a tenu à mettre « addiction » plutôt que « tabac », car nous savons que notre démarche autour du tabac peut-être la porte d’entrée pour parler des autres addictions. On apprécie le jeu de mots, pour intervenir auprès de chacun, il faut leur « accord » dans l’entrée du dispositif. La création du nom s’est accompagnée d’un logo et d’une charte graphique identifiable.

Quel est selon vous l’objectif phare de votre projet ?

L’objectif sur lequel nous travaillons actuellement est de nous approcher de la sensibilisation de 100% du personnel salarié de l’établissement (administratif, soignant, ASH, agent d’accueil…) à la mise en place de la démarche afin que notre projet soit connu et compris de tous (sensibilisation d’1 heure). On ajoute à cela un volet formation de 2h pour les soignants qui permet un approfondissement des connaissances sur le projet et qui les incite à repérer et orienter.  Cela représente environ 550 salariés (site Amiens et Corbie). C’est vraiment un préalable important de notre projet.

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Les personnels fumeurs ont eu peur au départ que l’on veuille les faire arrêter de fumer, après quelques minutes, ils étaient déjà plus sereins.

Pouvez-vous nous décrire la mise en œuvre ce bel objectif ?

Dès que nous avons été retenus et conformément à notre projet, nous avons fait passer deux enquêtes (inspirées de celles du RESPAAD) auprès du personnel et des patients. Les réponses nous ont permis d’affiner les contenus de la sensibilisation d’1 heure destinée à l’ensemble des personnels et de la formation de deux heures pour les soignants.

C’est Mme Minot qui anime les sensibilisations et les formations, les convocations sont envoyées par le service formation co-rédigé avec le dispositif ACOR, avec le logo du dispositif.

Le service de formation gère les convocations, ils ont le listing des personnels et les dates de formation. En fonction des plannings, les salariés sont convoqués. Cela nous a d’ailleurs posé quelques difficultés car la sensibilisation et la formation se fond sur le temps de travail et faire revenir les soignants qui habitent loin pour le volet de 3 heures, c’est compliqué. Ce n’est pas une formation demandée par les personnels. Le volet d’une heure s’organise au cours de la journée de travail.

Comment se sont passées les premières formations ?

Les personnels fumeurs ont eu peur au départ que l’on veuille les faire arrêter de fumer, après quelques minutes, ils étaient déjà plus sereins. Il y a une bonne dynamique, les personnels sont intéressés. S’ils le souhaitent, ils peuvent être accompagnés, mais l’idée première est vraiment la prise en charge de nos patients.

Les évaluations sont très positives, beaucoup se sont appropriés la formation, ils sollicitent Mme Minot de plus en plus. Elle passe régulièrement dans l’ensemble des services afin de mobiliser les équipes et de répondre aux différentes questions.

Où en êtes-vous ?

Nous accusons un petit retard dans la sensibilisation du personnel et la formation des soignants suite à la mobilisation liée à la COVID. Nous envisageons de développer la formation à distance en vidéo-conférence afin de limiter le nombre de personnes présentes et de poursuivre cette partie du projet. Début septembre, nous étions à plus de 50% des personnels et des soignants formés.

Nous prévoyons de garder une à deux sensibilisations et formation par an pour continuer de toucher les nouveaux arrivants.

Qu’a permis la sensibilisation et la formation du personnel ?

Elles nous ont permis plusieurs choses, en plus d’informer l’ensemble des personnels sur le dispositif elles ont permis d’informer les personnels fumeurs qu’ils pouvaient être accompagnés dans une démarche d’arrêt du tabac en interne ou par l’un de nos partenaires en ville. Nous avons eu quelques personnels intéressés à la suite des sensibilisations, mais pour le moment, c’est assez timide.

Elles ont aussi permis de détecter quelles étaient dans nos effectifs les personnes fortement intéressées par le projet et de leur proposer de rejoindre l’équipe du dispositif ACOR. Deux soignants vont être formés au DU en addictologie dès cette année et une troisième l’année prochaine. Pour les autres soignants qui souhaitent s’investir sans passer le DU, une formation en interne est prévue de deux jours notamment sur la mise en place d’intervention brève et la prescription nicotinique. Cela permettra d’augmenter le nombre de référents D’ACOR dans les services afin d’assurer la mise en place du projet dans le cadre du parcours patient.

Les hospitalisations sont des temps courts, même de plus en plus courts, le travail avec la médecine de ville est alors indispensable.

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Quel est votre futur gros chantier ?

Il y en a plusieurs, le premier est de développer les liens ville-hôpital, les hospitalisations sont des temps courts, même de plus en plus courts, le travail avec la médecine de ville est alors indispensable. À la clinique, l’ensemble des patients seront bientôt informés de la démarche au moment de la préadmission. C’est déjà un peu tardif, nous allons développer des outils de communication afin que les usagers disposent de l’information le plus tôt possible. Nous prévoyons comme pour d’autres dispositifs d’informer les professionnels libéraux, en utilisant notamment les EPU. Ainsi, nous pourrons inviter les médecins traitants et les sages-femmes du territoire. Porté par des groupes de spécialité en lien avec la clinique, nous utilisons ce type de formation pour créer des liens avec la médecine de ville.

Le second concerne l’aménagement extérieur. Il était à nos yeux moins prioritaire, car la direction avait déjà mis en place une signalétique importante. Aujourd’hui, nous sommes en réflexions sur le positionnement des abris fumeurs. Le projet nous permet d’en financer deux, mais étant en milieu urbain, leurs mises en place n’est pas évidente, nous n’avons pas beaucoup de place. Les emplacements sont fondamentaux afin que les fumeurs les utilisent au mieux sans qu’ils soient à la vue de tous. La grande difficulté est que les lieux qui paraissent intéressants par rapport aux entrées et aux flux des usagers et des personnels se situent à proximité des bouches d’aération des urgences ou trop à proximité des locaux. Nous envisageons de nous rapprocher des autres établissements de santé avec qui nous partageons les accès afin d’essayer de mener une politique commune.

Notre troisième chantier est de travailler avec les autres établissements du groupe afin qu’ils puissent décliner le dispositif ACOR. Celui-ci s’initie déjà au sein du centre de rééducation fonctionnelle de Corbie.

Enfin, il existe une dynamique autour de la Réhabilitation Améliorée Après Chirurgie (RAAC) qui permet au patient de réduire la durée de son séjour et les complications. L’arrêt du tabac est important, nous sommes en lien sur ce sujet avec un des chirurgiens pilote de ce projet.