Substitution nicotinique et la femme enceinte
Le tabagisme maternel, qu'il soit actif ou passif, peut entraîner de nombreuses complications avant, pendant et après la grossesse. La période pré-conceptionnelle, la grossesse et le post-partum sont des périodes à risque pour la femme et l’enfant à naître concernant les conduites addictives, comment leur venir en aide ? Décryptage
En 2021, 20,4 % des femmes déclaraient la poursuite d’une consommation tabagique au moment où elles découvraient leur grossesse1, 12,2 % des femmes déclaraient fumer au troisième trimestre de grossesse dont 3 % plus de 10 cigarettes par jour. Dans la région Hauts-de-France, ce taux atteignait même les 17,1 % pour les femmes fumeuses au cours du troisième trimestre1-2.
Les conséquences du tabagisme pour la santé de l’enfant sont nombreuses : faible poids de naissance, accouchements prématurés, asthme, infections respiratoires, et bien d'autres. Face à ces risques, le rapport d'experts et recommandations intitulé « Prise en charge du tabagisme en cours de grossesse » rappelle que la grossesse et la visite pré-conceptionnelle sont des moments privilégiés pour encourager l'arrêt du tabac. Cette période périnatale est un moment propice aux actions de prévention des addictions : en 2021, 87,5% des femmes déclaraient avoir réduit ou arrêté de fumer pendant leur grossesse. Il est donc essentiel que les professionnels de santé en contact avec les femmes en âge de procréer dépistent la consommation de tabac chez la femme ou son conjoint avant ou dès le début de la grossesse2 et encouragent le sevrage tabagique.
Dans ce contexte, les substituts nicotiniques offrent une alternative précieuse. Ils permettent un apport de nicotine sans exposer aux substances toxiques présentes dans les cigarettes, réduisant ainsi les dangers pour la mère et l’enfant. Ces substituts existent sous diverses formes : patchs, gommes à mâcher, comprimés à sucer, comprimés sublinguaux, dispositifs d'inhalation et sprays.
Qu'en est-il des connaissances sur la toxicité des substituts nicotiniques pendant la grossesse ?
Selon le Centre de référence sur les agents tératogènes, de nombreuses études ont été publiées sur les femmes enceintes exposées aux substituts nicotiniques au cours du premier trimestre. Comparées aux femmes fumeuses et non-fumeuses, aucune augmentation du risque de malformations imputable aux substituts n’a été observée à ce jour 3 .
Sur le plan fœtal et néonatal, bien que la nicotine traverse la barrière placentaire, aucun effet toxique pour le fœtus n’a été constaté chez les femmes ayant utilisé ces substituts en seconde moitié de grossesse, quel que soit leur mode d’administration. De plus, le poids de naissance et le taux de prématurité des enfants dont les mères ont eu recours aux substituts semblent meilleurs que ceux des enfants de mères ayant poursuivi le tabagisme. Toutefois, ces résultats nécessitent encore des confirmations supplémentaires3.
Que faire concrètement ?
En prévision d'une grossesse, une consultation pré conceptionnelle est recommandée pour mettre en place un suivi adapté chez les femmes fumeuses. Si l'arrêt du tabac par des méthodes non pharmacologiques échoue, la substitution nicotinique peut être envisagée à tout stade de la grossesse. Il est essentiel de rappeler que toutes les formes de substituts peuvent être utilisées.
En cas de découverte d'une grossesse durant le traitement, il convient de rassurer la patiente sur l’absence de risque malformatif lié aux substituts nicotiniques.
Pour en savoir plus…

Réévaluation du pictogramme grossesse sur les boîtes de médicaments
Le comité scientifique temporaire (CST) « Réévaluation du pictogramme grossesse figurant sur le conditionnement extérieur des médicaments tératogènes ou fœtotoxiques » propose, à l’issue de ses travaux initiés en janvier 2023, une évolution de ce dispositif d’information. Les propositions de modifications concernent aussi bien les critères d’apposition que le visuel du dispositif.
